Mas Chyen Garou

 Masque

Symbolisme (lèspri a Mas-la) : à l’époque de l’esclavage le chien représentait l’alter égo du colon, son bras armé, escorté par son garde chiourme. Il symbolisait pour l’esclave la bête monstrueuse, malfaisante, le démon du maître qui  devait éliminer toute pensée de fuite. Cette bête formatée, endoctrinée pour la capture de tout nègre fugitif était lâchée à la poursuite du « nègre-marron.»  Il dévorait ce dernier, s’il se faisait rattraper. Le chien symbolise toute la bestialité du colon. Ce n’est cet ami de l’homme, ce fidèle compagnon mais que pour un clan. Même le chien est raciste à l’époque.

 

Tout comme pour le loup-garou considéré comme un homme malfaisant mythique, qui avait la faculté de se métamorphoser en loup certaines nuits (en période de pleine lune) pour accomplir ses actes criminels, le « Mas-Chyen-Garou » représente aux yeux de l’esclave le Maître prenant l’aspect du chien qui lui court après, c’est le dominant monstrueux qui écrase de ses crocs le dominé.

Ce même symbolisme du chien de race sélectionné, entraîné pour être belliqueux, et dans les phantasmes des esclaves il est baveux de sang de nègre, se retrouve toujours après l’abolition de l’esclavage avec les gendarmes qui utilisent les chiens contre les grévistes et les soulèvements de travailleurs.

 

Ce même chien, aujourd’hui, s’étant croisé avec d’autres chiens est devenu un « Chyen-kréyol » (chien-créole), adapté, tropicalisé  et pourtant toujours mal considéré, errant, un sac d’os livré aux pare-chocs des  véhicules sur les voies à grande vitesse. Alors que nos jeunes se lancent dans l’élevage de chiens de combat et que nos petits bourgeois de classe moyenne font protéger leurs luxueuses villas par les mêmes molosses de chiens de race qui poursuivaient leurs ancêtres sur cette terre de Guadeloupe.

 

Le chien ne devient « Garou » que par l’utilité qu’en fait son propriétaire ou plus exactement « dis-moi quel est ton maître et je te dirai qui est vraiment le chien de vous deux. » Nous créons nos propres monstruosités en fonction de nos propres intérêts à protéger, à défendre. Si beaucoup de descendants de colons persistent, encore aujourd’hui, dans leurs comportements bestiaux, et sont plus que jamais « Chyen-Garou », combien de Gwadloupéyen sont devenus aussi féroces, cruels et donc de véritables « Chyen-garou » à leur tour vis-à-vis de leurs propres frères de couleurs des Antilles et des îles Caraïbes.

 

Matériaux (sa-w ni bouzwen pou fè Mas-Chyen-Garou-la) : Tête de chien fabriquée en carton ; un foulard de couleur sombre ; visage recouvert de cendre ; un collier autour du cou symbole de dépendance ; retenu par le collier, un manteau de vieux tissus déchirés en lambeaux et taché de peinture rouge symbolisant le sang des victimes et le corps lacéré des morsures rendu en lambeau ; vieux tee-shirt sans manche ou bustier de couleur sombre recouvert de cendre et de terre ; ceinture et queue épaisses fabriquées avec de vieux tissus, vieux pantalon de couleur sombre déchiré hauteur genoux ; vieux tissus (haillons) enroulés autour des bras et des jambes ; chaussures « mika » ou baskets (basquettes) de couleur sombre  ou nu-pieds ;  le corps recouvert de cendre et de terre. 

 

 

© Voukoum Mouvman Kiltirèl Gwadloup 2015

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